L’avenir de Radio-Canada une question qui nous concerne tous

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    Entrevue avec Alain Saulnier
    Ancien directeur de l’information à Radio-Canada, Alain Saulnier publiait au début du mois le livre Ici était Radio-Canada (éditions Boréal). Il a bien voulu répondre à nos questions sur l’avenir du diffuseur public.

    Vous avez énormément critiqué le plan stratégique d’Hubert Lacroix. Où pensez-vous du plan de la direction de Radio-Canada, en route vers 2020?

    À mon point de vue, ce n’est pas un véritable plan stratégique. C’est un plan de démantèlement de l’entreprise. Il y a beaucoup d’improvisation dans tout ça. On a l’impression que les choses ne sont pas véritablement précisées. Quel est le rôle de chacun des secteurs? De quelle façon les choses doivent aller? Le rôle de Radio-Canada par rapport à l’ensemble de l’entreprise Radio-Canada/CBC. On semble même vouloir fusionner Radio-Canada et CBC. Il y a beaucoup, beaucoup de choses et des choses qui sont inquiétantes.

    Par ailleurs, ce qui me préoccupe plus que tout, c’est que nous avons affaire à l’heure actuelle à une direction de Radio-Canada, dont 10 des 12 membres du conseil d’administration ont été, y compris Hubert T. Lacroix, des contributeurs au Parti conservateur. Je trouve que ça commence de plus ou plus à les disqualifier sur l’avenir de Radio-Canada parce qu’on n’est pas certain qu’il s’agit d’une véritable vision stratégique indépendante et libre ou s’il ne s’agit pas d’une vision stratégique imposée par la mouvance conservatrice. Ça, c’est pour moi, le plus préoccupant au moment où on se parle.

    Devrait-on envisager un nouveau modèle pour Radio-Canada?

    Dans mon essai, je reprends certaines des recommandations de la Commission Kaplan-Sauvageau. Dans cette commission, on avait indiqué justement qu’il fallait revoir le mode de nomination des membres du conseil d’administration de Radio-Canada de même que la nomination du président-directeur général. On a l’impression qu’il y a une nébuleuse totale de ce point de vue et ça fait en sorte que les gens qui sont nommés le sont toujours sur des bases partisanes.

    J’ai rarement vu un conseil d’administration composé de gens qui sont autant éloignés de la connaissance des médias. À certains égards, il y a un danger d’avoir ce type de composition. C’est pour ça que j’en appelle aux parlementaires pour qu’ils puissent s’asseoir et commencer à explorer ce que pourrait être une nouvelle loi de Radio-Canada à l’ère numérique. Cette nouvelle loi intégrerait un certain nombre de considérations pour ce qui est du mode de nomination des membres du conseil d’administration, du PDG et aussi qu’on affirme clairement que Radio-Canada est une société indépendante du pouvoir politique.

    Dans un contexte où les revenus publicitaires sont en baisse, où le gouvernement affame Radio-Canada, n’y aurait-il pas lieu aussi de revoir son modèle de financement?

    Oui, on ne peut pas avoir cette dépendance où chaque année on est obligé de quémander un financement qui est toujours remis en question par le parti politique. C’est un peu comme quêter, faire la manche. On ne peut pas avoir ça. C’est la raison pour laquelle je commence à explorer, et il faut qu’on le fasse, d’autres modes de financement.

    Par exemple en Europe, le modèle de la BBC, des redevances. Mais même ça, ça n’est pas suffisant parce que le modèle des redevances ne s’applique qu’aux appareils de radio et de télévision. Or, il y a de plus en plus d’appareils de mobilité qui occupent l’espace. J’ai des étudiants en journalisme qui n’ont même plus d’appareil de télévision, mais ils écoutent quand même la télévision sur Internet sur leur ordinateur. Il faut qu’on aille chercher aussi la contribution de tous ces modes d’écoute et de consultation de la production de contenu de Radio-Canada.

    Par ailleurs, j’ajoute également qu’il va falloir aussi, avec tous les pays occidentaux où ce mode existe, qu’on soit capable de revoir la relation avec les sites agrégateurs, avec les Android, avec les Google, avec Microsoft. On doit exiger qu’ils soient de bons citoyens corporatifs afin de mettre de l’argent de côté pour les diffuseurs publics qui sont essentiels aussi bien à l’ère numérique qu’avant. Je dirais même davantage à l’ère numérique parce qu’on a besoin de repères plus solides.

    Justement, Hubert T. Lacroix soutient qu’il doit effectuer des compressions pour que Radio-Canada passe à l’ère numérique. Comment Radio-Canada peut entreprendre le virage numérique actuellement et quelles pourraient être ses grandes forces?

    Tout ce qui s’appelle mode de production est en train de changer. Les outils de productions sont en train de changer, les formats sont en train de changer. Il est de plus en plus rare que les moins de 35 ans écoutent sur une base régulière, de façon constante des segments d’émission, même sur Internet en reprise ou enregistré. De plus en plus, il va falloir revoir comment on peut offrir des contenus du diffuseur public sur toutes les plateformes voulues.

    Ça veut aussi dire que dans le domaine journalistique, il va falloir voir comment on peut utiliser les réseaux sociaux pour aller chercher cette génération des moins de 35 ans. Comment peut-on être aussi en mesure d’offrir des sites où on peut faire des reportages longs pour être capables de mettre en perspective des choses.

    Mais dans tout ce débat, il faut avoir la masse critique de gens qui a été formée à l’école du diffuseur public. Ça prend donc des gens passionnés qui veulent faire un travail libre indépendant aussi bien en information que dans le domaine culturel, dans le domaine dramatique, ou même dans le domaine de l’humour, des sports. On doit avoir la liberté de traiter de toutes les questions lorsqu’on fait une émission humoristique comme le Bye-Bye, par exemple. On doit avoir la liberté de vérifier les concessions sportives comme celle des Canadiens de Montréal même si des fois on a des ententes avec Rogers ou avec Bell. C’est ça aussi la force de Radio-Canada.

    Misons oui sur les tuyaux, sur les appareils, sur les formats, mais misons aussi pour essayer de bénéficier au maximum de tout ce qui s’appelle le patrimoine existant et transmettons ce patrimoine pour que les plus jeunes puissent s’en emparer. Sauf que le drame à l’heure actuelle, c’est que les plus jeunes sont en train d’être écartés complètement parce qu’on fait des coupures et des compressions sans réfléchir.

    Est-ce que vous avez l’impression que les Québécois, les Canadiens sont assez attachés à Radio-Canada pour le défendre? On a l’impression que le discours de sauvegarde de Radio-Canada repose sur les employés ou les ex-radio-canadiens comme vous.

    La tragédie, elle est là. Il y a beaucoup de gens qui aujourd’hui naviguent dans cet univers numérique où il y a une surabondance de sources d’information ou il y a une surabondance d’endroits et de contenus. Il suffit d’aller voir les best off du jour sur Youtube pour explorer une multitude de cultures, de formes et de nouvelles de toutes sortes. Il y a quelque part quelque chose de dangereux dans cette surabondance. C’est comme un leurre. Les gens ne voient pas à quel point on n’a plus de repères solides.

    Peut-être que c’est là où nous avons été fautifs de ne pas suffisamment faire l’exercice pédagogique auprès des plus jeunes. Lorsqu’on a créé la radio, en 1936 ou la télévision en 1952, on savait que c’était pour se prémunir de l’invasion américaine. On savait qu’on voulait avoir notre propre culture, nous les francophones, à travers un médium, en premier lieu radio et ensuite télé parce qu’on voulait déployer et faire rayonner les contenus culturels, les productions culturelles. Même chose en matière d’information, on voulait aussi se distinguer parce que nous étions des francophones en Amérique et au Québec. Aujourd’hui, c’est tout aussi important d’avoir ce débat.
    Pourquoi a-t-on a besoin d’un diffuseur public malgré la surabondance?

    C’est fondamental comme question et comme exercice pédagogique. On a besoin de gens qui l’expriment à nouveau et qui soient des relayeurs de vision pour que les plus jeunes, les moins de 35 ans, comprennent que oui, on est en train de passer à un paquet de nouveaux formats, mais suivez-nous sur ces nouveaux formats parce que ça en vaut la peine, parce que notre contenu se distingue des autres, parce que c’est celui d’un diffuseur public libre et indépendant.

    Mais pour ça, il faut avoir des ressources et être capable de conserver une certaine qualité, non?

    À un moment donné, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. À l’heure actuelle, on a l’impression qu’on est en train de lapider le patrimoine familial. Si on veut faire des transformations, cela prend des leaders inspirants, des membres du conseil d’administration qui sont à leur manière des visionnaires, des gens qui sont capables de réfléchir et de consulter. Malheureusement aujourd’hui, on est pris avec une mouvance conservatrice qui est celle qui doit procéder à ces changements. Je me permets de douter du plan qui est proposé, qui est mis sur la table parce que c’est à peu près certain qu’il est collé à cette mouvance, qu’il est issu de cette mouvance.

    Qu’est-ce que les Canadiens et les travailleurs de Radio-Canada peuvent faire?

    Ma contribution était d’écrire un livre. La contribution de n’importe lequel individu c’est de signer une pétition, de rencontrer son député et les candidats lors des élections qui s’annoncent au fédéral. C’est d’écrire des lettres dans les journaux. C’est de relayer toutes ces informations où on lance un appel à une certaine forme de survie, pour maintenir le diffuseur public sur Facebook, sur les réseaux sociaux. Il faut faire notre part des choses.

    Et en parallèlement de tout ça, il faut poursuivre le débat pédagogique. Notre job, c’est d’expliquer pourquoi c’est si important, même à l’ère numérique de maintenir Radio-Canada comme producteur de contenus. C’est fondamental. Les meilleurs pédagogues d’entre nous doivent s’impliquer dans des lettres, des déclarations, des échanges dans nos familles, avec tout le monde.

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