Luisha : les agriculteurs optent pour les mines
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Luisha
Les agriculteurs optent pour l’exploitation minièreAttirés par les gains conséquents et rapides d’un travail dangereux dans les mines, les paysans katangais délaissent la production agricole, laissant place sur les marchés aux produits importés. Les sites des mines deviennent eux des petites villes sans plan urbanistiques.
Luisha, localité située à 80 km de Lubumbashi et à 40 km de Likasi, jadis considérée comme le grenier agricole de ces deux villes, est en passe de perdre cette vocation séculaire suite à la découverte d’un gisement de cuivre qui fait un boum économique dans la province du Katanga. Les agriculteurs du village de Luisha ont abandonné la houe pour s’atteler à l’exploitation minière artisanale, plus rémunératrice à court terme que l’agriculture de subsistance. Certains travaillent pour des entreprises minières, d’autres se livrent au ramassage de l’hétérogénite pour le compte de négociants. Jérôme Kyansa, jeune agriculteur de Luisha converti en « creuseur », explique ses motivations à changer de métier. « Quand je cultive le champ, je dois attendre quelques mois avant d’avoir la moisson. Mais, en attendant, la famille doit vivre. Par contre, quand je fournis de l’hétérogénite aux acheteurs, j’ai de l’argent liquide le même jour », dit-il avec fierté. Marié et père de deux enfants, la trentaine révolue, Jérôme Kyansa estime que son nouveau métier lui a permis non seulement de nourrir sa famille, mais aussi d’équiper sa maison et de réaliser des petits projets d’avenir.
Chute de la production et instabilité des prix
A la suite de la libéralisation de l’exploitation minière consacrée par le nouveau code minier de la RDC, le Katanga connaît une floraison d’entreprises minières qui s’installent dans la partie sud de la province, où viennent travailler ces agriculteurs au lieu de cultiver leur champ.
Ce phénomène a pris une telle ampleur que la production agricole de Luisha est en une chute libre depuis ces deux dernières années. Même si le marché du village de Luisha installé le long de la nationale n° 1 continue encore à fournir des tomates et autres légumes aux voyageurs faisant la navette Lubumbashi-Likasi, la production du maïs est sensiblement en baisse suite à la conversion des agriculteurs en creuseurs. Les habitants du village de Luisha consomment désormais la farine de maïs importée. Quand les « villageois » descendent en ville pour s’approvisionner en produits agricoles qu’ils peuvent pourtant produire sur place, c’est un suicide pour l’économie du village lui même. C’est une attitude inflationniste qui interpelle. Car même si jusqu’à présent les prix des denrées agricoles de première nécessité n’ont pas connu une hausse sensible à cause de la désertion des agriculteurs, cette situation n’offre aucune garantie de stabilité et l’avenir s’annonce sombre car l’activité minière n’est pas éternelle.Dangers du travail minier
« Le ramassage manuel de l’hétérogénite dans les carrières minières est une activité qui nécessite beaucoup d’efforts physiques et présente des risques de maladies à cause de la radioactivité », regrette cependant Jérôme Kyansa. L’exploitation minière artisanale et dans certaines entreprises autorisées s’exerce dans des conditions non conformes aux règles d’hygiène et de sécurité. Selon le rapport de l’inspection du travail, deux entreprises minières seulement sur dix respectent les conditions et normes environnementales requises pour protéger leurs travailleurs contre les risques d’accidents et des maladies professionnelles. Des cas d’éboulement et autres accidents de travail survenus dans les carrières et mines du Katanga ont fait des victimes parmi les travailleurs et les creuseurs clandestins. « Descendre dans une carrière ou dans une mine sans casque ni bottes est une violation flagrante du code de travail », rappelle-t-on à la Division provinciale du Travail du Katanga. Devenus de hauts lieux de la prostitution et de consommation d’alcool, les mines posent aussi des problèmes dans les ménages et familles des creuseurs.Exode rural, chaos urbain
Pour tenter de contrer le mouvement d’exode rural massif, le maire de Lubumbashi a pris au mois de mai dernier deux arrêtés urbains portant réglementation des mouvements de la population nationale et étrangère dans sa juridiction qui fait actuellement face à une série de problèmes sociaux liés à l’explosion démographique : embouteillage dans la circulation, le vol, la présence des enfants de rue, le transport en commun, la surcharge du réseau électrique, le manque d’eau, etc. Luisha a perdu son statut de village pour devenir une agglomération habitée par une population hétérogène venue de tous les horizons, attirée par l’exploitation minière, sans que ce flux soit suivi d’une adaptation en matière de normes urbanistiques.
Cette situation doit interpeller les autorités à divers égards. Il est notamment de leur devoir de sensibiliser les populations sous leur administration à s’adonner à l’agriculture pour atténuer les effets de la crise alimentaire, afin qu’elles soient conscientes que les mines sont une ressource non renouvelable qui rapporte plus aux négociants et aux industriels à l’étranger qu’aux creuseurs, tandis que l’agriculture est une ressource indispensable aux localités.Fortunat SHIMBA
Article réalisé avec le soutien de la Région Wallonne
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